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Association"Lumiéres Ait Youb en France" association qui oeuvre pour la scolarisation des enfants au Sud du Maroc.

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*Les Aït Baâmrane, grandeur et décadence d’une confédération: Lecture des événements de Sidi-ifni ((*)Dr. Faouzi hassan)

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Les émeutes de Sidi Ifni sont le fait, exclusivement, d'une population jeune, déconnectée des opportunités d'emplois, découragée, laissée pour compte. Problème démographique ? Crise de la ville ? Problème d'aménagement ou mauvaise gouvernance ?
Suite à ces évènements, on va tenter de comprendre comment on en est arrivé là et d'appréhender les raisons profondes du malaise. En tant que géographe, c'est-à-dire homme de terrain, et sachant que le territoire est un concept de base de la géographie, on va essayer à travers cet article de mettre le doigt sur la crise que connaît cette région et les conséquences qui peuvent en résulter. Pour mettre en évidence ce phénomène, nous avons choisi d'explorer cinq problématiques : croissance démographique, emploi, éducation, mauvaise gouvernance et émigration.
Le mot Aït Baâmrane désigne à la fois la région située au sud-ouest de l'Anti-Atlas et les populations qui s'y sont installées. Les Espagnols ont occupé cette région en 1476 et bâti Santa Cruz De Marpequena (Sidi Ifni) sur la côte qui devient le centre des opérations commerciales avant d'étendre leur main sur toute la région qui sera récupérée par les Saâdiens en 1524. En 1860, dans le cadre du traité de Tanger, Sidi Ifni est de nouveau sous administration espagnole qui prendra pleine possession de la ville en 1934. Dans les années 50, 60 % de la population de la ville était espagnole.
La France, l'autre puissance coloniale, n'hésita pas à mener des invasions pour réduire le territoire colonisé par l'Espagne, mais les Aït-Baâmrane ont réussi à la repousser tout en étendant leurs opérations de résistance (la grande Intifada des Aït Baâmrane a vu le jour le 23 novembre 1957 et a duré plus de 3 ans). En 1966, le Maroc et l'Espagne entament des négociations sur le statut de Sidi Ifni, qui vont aboutir au retrait des Espagnols en 1969.
Le « pays » des Aït Baâmrane occupe la limite sud-ouest de l'Anti-Atlas marocain.
Cette contrée fait partie de ce que l'on avait l'habitude d'appeler le « Maroc inutile ». L'aspect désertique du pays des Aït Baâmrane est très frappant alors qu'il ne s'agit pourtant pas d'un désert humain. Malgré son isolement, cette montagne aride demeure un espace peuplé d'une vieille paysannerie.
L'équilibre traditionnel de l'équation « ressources/population » maintenu depuis des décennies s'est transformé, au lendemain de l'indépendance du pays, en déséquilibre. Le bouleversement s'est accentué et les transformations ont commencé à s'imposer surtout à partir des années 70, ce qui a entraîné une série de changements lisibles sur l'espace de la confédération des Aït Baâmrane qui offre un exemple d'une société et d'un espace rural en crise.
Lorsqu'on aborde le jbel dans la culture géographique marocaine, on évoque la traditionnelle complémentarité agropastorale. En effet, à l'exception de quelques rares tentatives de captage de l'eau de l'aquifère au niveau des puits, la rareté des terres arables et d'eau dans la région limite l'activité agraire proprement dite.
Chaque fois que l'eau souterraine et les terres le permettent, une agriculture irriguée fait son apparition entre les plateaux et les massifs sous forme de petits îlots de verdure bien individualisés capables de marquer ces espaces de nature désertique.
S'il est certain que l'équilibre de l'équation « homme = besoins » était toujours assuré sous les anciennes organisations socio-spatiales des Aït Baâmrane, son effondrement commence à partir des années 70. S'agit-il d'inconvénients que renferment ces modes de vie traditionnels ou d'une intervention de facteurs exogènes ? Si nous excluons l'aridité du climat et l'hostilité du milieu physique, les hommes ont-ils une part de responsabilité dans la transformation de leur milieu physique et social ? Et quelle est la part des politiques ?
Avec les vagues de sécheresse qu'a connues la région dès la fin des années 70 et celles des dernières années, les besoins en eau d'irrigation se font de plus en plus sentir. Les systèmes agro-sylvo-pastoraux se sont trouvés à la merci des aléas climatiques et des contraintes du milieu. L'arganier n'est pas épargné par les destructions, les étendues des arganeraies sont de plus en plus fragilisées. L'élevage qui était la base de la vie des montagnards est en déclin et laisse de plus en plus la place à un spectaculaire développement de la culture du cactus. Les systèmes fondés sur la maîtrise de l'eau d'irrigation sont en pleine crise, les sources et les puits ont vu leurs débits sévèrement repliés (L. Maghrani, 2003).
Face à ces nouvelles conditions du milieu, les Baâmranis se sont trouvés dans l'obligation de quitter leurs villages. C'est ainsi que les vagues d'émigration ont touché la population la plus valide, ce qui a privé les activités locales de main-d'oeuvre et a engendré des mutations profondes qui ont touché l'espace et la société baâmranis.
La région des Aït Baâmrane comme partout dans le monde rural marocain, est habitée par une paysannerie pauvre. Dans cette région, la surcharge humaine a perturbé l'équilibre entre la population et les ressources locales. L'insuffisance des ressources se manifeste en premier lieu dans la part réduite des terres agricoles par habitant.
Les ressources en eau sont exploitées au maximum et les possibilités d'extension des terres irriguées sont limitées. S'ajoutent à cela les conditions naturelles qui pèsent sur les ressources et exercent des influences sensibles sur la décision de quitter la région. Ainsi, la production agricole est faible à cause de la faiblesse des rendements.
Cela ne permet pas le maintien d'une population nombreuse sur place. L'étroitesse des terres agricoles et la faiblesse de la production sont aggravées par les inégalités sociales dans la répartition du patrimoine foncier et par le morcellement de la propriété (L. Maghrani, 2003).
La croissance démographique est l'un des facteurs qui a occasionné des mutations et qui a affecté la région des Aït Baâmrane depuis au moins une génération, entraînant ainsi le déséquilibre des anciens systèmes de production agro-pastoraux.
La population de la région a évolué de 15.000 à 75.000 habitants entre 1830 et 2004. Pour la même période le nombre de ménages est passé de 2500 à presque 15.000. Le taux d'accroissement global est égal à 14 %, soit un taux annuel équivalent à 1,4 %.
Il est à noter que la taille de la famille est directement impliquée dans le processus d'alimentation des flux migratoires. Le nombre d'émigrés augmente avec, entre autres, la taille de la famille et la réduction des terres agricoles en sa possession. Les départs touchent la majorité des familles. Nombreuses sont les causes du départ des hommes, mais la principale raison est le déséquilibre entre les potentialités de la région et les besoins de la population.
Les premières vagues d'émigration ont eu lieu avec l'arrivée de la colonisation française et la création de quelques emplois. Ces derniers ont exercé une attraction sur la population la plus démunie ou qui possédait un minuscule troupeau ou des terres incapables de satisfaire ses besoins. La famine, qui a touché la totalité du Maroc, notamment celle des années 1944-1945, a joué son rôle. Nombreux sont ceux qui ont laissé leur village pour se rendre à Casablanca ou dans les villes minières de l'Est et au Sud du Maroc.
C'est en 1963, que le Maroc et la France ont conclu un accord pour faciliter le mouvement de la population valide vers l'Hexagone. Une année plus tard, deux autres conventions voient le jour ; il s'agit des rapprochements germano-marocain et maroco-belge au sujet de la main-d'oeuvre. Ce sont aujourd'hui les vieux retraités restés au village qui ont alimenté ces premiers courants.
Le Maroc d'après l'indépendance a aussi créé quelques emplois. En effet, la multiplication des chantiers dans les grandes villes a beaucoup attiré les Baâmranis. La reconstruction de la ville d'Agadir après le séisme de l'année 1961 fut aussi l'occasion d'attirer davantage la population baâmranie (L. Maghrani, 2003). La période 1970-1980 constitue la seconde grande phase de l'émigration baâmranienne. Cette période coïncide avec la récupération des villes sahariennes marocaines auxquelles la population locale était attachée par les liens du sang. Il n'est donc pas étonnant que les grands départs aient eu lieu vers Tan Tan, Laâyoune, Dakhla, etc. Le retrait des Espagnols du Sahara a été aussi l'occasion pour d'autres candidats à l'émigration de rejoindre l'Espagne. Depuis cette époque, beaucoup de Baâmranis se sont installés dans les îles Canaries et en Andalousie.
De 1980 à nos jours, cette période coïncide avec un phénomène de stagnation de l'émigration nationale et internationale. Les jeunes rejetés de l'école sont les plus concernés par ces flux. Les villes sont encombrées de chômeurs pour lesquels l'espoir d'y trouver un travail est devenu très minime. De leur côté, les pays riches ont fermé leurs frontières aux nouveaux arrivants.
La situation de la ville d'Ifni, à quelques kilomètres des îles Canaries (trente cinq heures en barque), a ouvert l'accès à un flux d'émigration clandestine : les jeunes Baâmranis prennent de plus en plus de risque pour atteindre ces îles à bord de petites barques. Les jeunes diplômés universitaires constituent aussi les nouveaux candidats à l'exode.
Des familles ont investi des moyens considérables pour avoir un visa ou un contrat de travail pour un fils rejeté de l'école ou un jeune diplômé universitaire ; des paysans ont vendu des terres et des parts d'eau pour atteindre cet objectif.
Toutes les couches sociales sont touchées par l'émigration, qui concerne aujourd'hui à la fois l'espace urbain et rural. De plus en plus de Baâmranis (jeunes, vieux et femmes) tentent de traverser clandestinement l'Atlantique pour gagner les îles Canaries, nouvelles terres de toutes les promesses. Pourquoi partent-ils ? Il y a d'abord la conviction que leur pays ne leur offre plus de véritables perspectives d'avenir.
La région est loin d'attirer l'attention de l'Etat. L'encadrement économique de ce dernier est faible. Ce ne sont pas les exemples qui manquent : les revenus (déclarés) des chefs de foyers restent très modestes voire même inexistants et dépassent rarement le plafond de 7000 dh/an. La faiblesse des revenus s'avère plus criante lorsqu'on réalise que la taille moyenne est d'environ 7 à 8 membres par famille. La majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté absolue.
L'exploitation familiale, chère aux yeux des grands-parents, n'a plus une grande valeur chez un jeune scolarisé. Les jeunes comparent l'économie et le niveau de vie dans les pays développés à la précarité de leurs ressources, et considèrent que l'exploitation familiale est l'une des causes de la pauvreté du ménage. Ils estiment que le fait de rester fidèle aux champs est une façon d'accepter de rester pauvre tandis que les autres ne cessent de s'enrichir.
D'après nos enquêtes sur le terrain, les Baâmranis qui restent nostalgiques de l'époque coloniale espagnole, ont l'impression que le Maroc les a oubliés. « C'était la colonisation et nous y avons fait face. Nous étions fiers d'être Marocains à nouveau,Qu'a fait le Maroc pour nous ? Rien, depuis le départ des Espagnols, la situation économique de la ville n'a fait que se dégrader », regrette cet ancien résistant qui touche une indemnité de 500 dh par mois, alors que l'ancienne puissance coloniale (l'Espagne) verse jusqu'à 5000 dh par mois aux anciens combattants de l'armée espagnole, et pour ceux d'entre eux ayant la nationalité espagnole, ils continuent à bénéficier des prestations de la sécurité sociale (régime espagnol).
Les deux principaux reproches faits à l'Etat sont, d'une part, l'inachèvement de la construction du port, ce qui constitue un manque à gagner pour la région et un frein au développement, sachant que les Aït Baâmrane disposent de 200 km de côtes, reconnues pour leur pêche abondante et variée qui pourrait constituer une véritable locomotive du développement si ce potentiel est exploité de manière rationnelle et transparente (les prises sont de 8058 tonnes par an à Sidi Ifni contre 44.600 à Agadir). Et d'autre part, leur rattachement administratif à Tiznit, alors que leurs attaches familiales et économiques sont à Tan Tan, Laâyoune, Guelmim et Dakhla.
En effet, la politique de la «négligence» ne peut pas résoudre les problèmes dont souffre cette région. Il faut prendre au sérieux les problèmes structuraux dans leur globalité. C'est dans ce sens que doivent être orientés les efforts des responsables, les interventions étatiques sont très souhaitables avant qu'il ne soit trop tard. La région des Aït Baamrane recèle d'énormes potentialités (pêche, tourisme, arganier, cactus, etc.), elle pourrait devenir une zone économique très dynamique.
Les jeunes qui constituent un capital humain non négligeable sont mis en retraite prématurée. Il faut investir dans le capital humain qui s'avère très payant pour l'économie. Le fait de s'appuyer sur des compétences disponibles pour résoudre les problèmes économiques et sociaux serait plus fructueux. Il faut que la société baâmaranie elle-même ne soit pas réticente vis-à-vis de ses enfants ; cadres de haut niveau, et que ces derniers participent à transformer leur société dont le comportement traditionnel, jugé trop statique et moins ouvert aux impératifs et exigences du modernisme. En tant que Baâmrani, je considère que l'analphabétisme et l’illettrisme sont désormais des maux à combattre.
Faut-il conclure que la corruption constitue un obstacle durable à de bonnes politiques ? Avec l'évolution des crises à l'échelle mondiale, nous assistons aujourd'hui à une crise de vulnérabilité des populations sous l'influence des effets combinés de la corruption, du sous-développement socio-économique, de la croissance démographique, de l'analphabétisme et de la mauvaise gouvernance.
Georges Clemenceau disait : « La guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires ».
Talleyrand, le célèbre homme politique français, disait « Les mécontents, ce sont des pauvres qui réfléchissent ».
____________________________

*Libération le :18 juin 2008.

(*)Dr. Hassan FAOUZI (fils de Faouzi lahoucine ben mohamed ben saïd), chercheur, université Nancy 2, président de l'association francaise GSF et fondateur de la revue espaces marocains .

Posté le: 16 juillet 2008


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