direction multi accueil

Cette association de directeurs d'établissements pour la petite enfance l'ARDESPE souhaite promouvoir le Diplôme Universitaire pour les Directeurs d'Etablissements et de Services d'accueil Petite Enfance (DU DESPE). Ce DU se prépare à Bordeaux depuis 2004.

Créer un CDA-blog est à la portée de tous !
dudespe
Notre association issue de la promotion 2004 du Dipôme Universitaire de Directeurs d'Etablissements et Services Petite Enfance (DUDESPE) a été créée en août 2006. Elle souhaite rassembler des directeurs de structure petite enfance de la région Aquitaine afin de promouvoir, représenter et défendre la fonction de direction,échanger des idées, s'impliquer dans différentes actions (formation, prise de position etc...)
image d'avatar
l'ARDESPE regroupe des Directeurs d'Etablissements et Services Petite Enfance nos objectifs: - regrouper des directeurs d'établissement et services petite enfance afin de promouvoir, représenter et défendre la fonction de direction - être actrice dans la mise en oeuvre des politiques familiales - s'impliquer dans la formation professionnelle initiale et continue des directeurs d'établissements et services petite enfance - participer à des jurys d'examens correspondant aux compétences de directeur - favoriser les échanges entre les directeurs d'établissements et services petite enfance



Créer un blog moto


rapport du senat la scolarisation des enfants à 2 ans

N° 47


SÉNAT


SESSION ORDINAIRE DE 2008-2009

Annexe au procès-verbal de la séance du 22 octobre 2008

RAPPORT D’INFORMATION


FAIT

au nom de la commission des Affaires culturelles (1) par le groupe de travail

(2) sur la scolarisation des jeunes enfants,
Par Mme Monique PAPON et M. Pierre MARTIN,
Sénateurs.


(1) Cette commission est composée de : M. Jacques Legendre, président ; MM. Ambroise Dupont, Michel Thiollière,
Serge Lagauche, David Assouline, Mme Catherine Morin-Desailly, M. Ivan Renar, Mme Colette Mélot, M. Jean-Pierre Plancade,
vice-présidents ; M. Pierre Martin, Mme Marie-Christine Blandin, MM. Christian Demuynck, Yannick Bodin, Mme Béatrice
Descamps, secrétaires ; MM. Jean-Paul Amoudry, Jean-Pierre Bel, Claude Bérit-Débat, Mme Maryvonne Blondin, M. Pierre
Bordier, Mmes Bernadette Bourzai, Marie-Thérèse Bruguière, M. Jean-Claude Carle, Mme Françoise Cartron, MM. Jean-Pierre
Chauveau, Gérard Collomb, Yves Dauge, Claude Domeizel, Alain Dufaut, Mme Catherine Dumas, MM. Jean-Léonce Dupont,
Louis Duvernois, Jean-Claude Etienne, Mme Françoise Férat, MM. Jean-Luc Fichet, Bernard Fournier, Mme Brigitte
Gonthier-Maurin, MM. Jean-François Humbert, Soibahadine Ibrahim Ramadani, Mlle Sophie Joissains, M. Philippe Labeyrie,
Mmes Françoise Laborde, Françoise Laurent-Perrigot, M. Jean-Pierre Leleux, Mme Claudine Lepage, MM. Alain Le Vern,
Jean-Jacques Lozach, Mme Lucienne Malovry, MM. Jean Louis Masson, Michel Mercier, Philippe Nachbar, Mme Monique Papon,
MM. Daniel Percheron, Jack Ralite, Philippe Richert, René-Pierre Signé, Jean-François Voguet.
(2) Ce groupe de travail est composé de : Mme Monique Papon, MM. Pierre Martin, Pierre Bordier, Mmes Béatrice
Descamps, Françoise Férat, Brigitte Gonthier-Maurin, M. Serge Lagauche, Mme Colette Mélot, MM. Philippe Richert, Michel
Thiollière, Robert Tropeano.

- 3 -


SOMMAIRE

Pages

INTRODUCTION ......................................................................................................................... 7


I. DE LA PRÉSCOLARISATION À LA SCOLARISATION PRÉCOCE :
L’HISTOIRE D’UNE EXCEPTION FRANÇAISE................................................................ 9

A. L’ÉMERGENCE D’UNE POLITIQUE D’ACCUEIL EN FAVEUR DES ENFANTS
DES CLASSES POPULAIRES.................................................................................................. 9

1. Les salles d’asile : des premiers essais de garde collective à une éducation collective
des jeunes enfants ................................................................................................................... 9
a) La création des salles d’asile............................................................................................... 9
b) Les bases d’une éducation institutionnalisée dès l’âge de deux ans .................................... 10

2. La naissance de l’école maternelle et l’oeuvre de Pauline Kergomard .................................... 11
a) Les recommandations formulées par Pauline Kergomard.................................................... 11
b) La reconnaissance officielle de la préscolarisation ............................................................. 11


(1) Des dispositions réglementaires pour une nouvelle organisation.............................................. 11


(2) Un critère d’admission fondé sur l’âge................................................................................. 13


(3) Une préscolarisation qui fait déjà l’objet de critiques............................................................. 14
c) Des instructions pour plus de cinquante ans........................................................................ 14


B. LES TRENTE GLORIEUSES DE L’ÉCOLE MATERNELLE OU LA
PRÉSCOLARISATION POUR TOUS ....................................................................................... 15

1. La reconnaissance sociale du rôle de l’école maternelle......................................................... 16


2. La préscolarisation comme phénomène de société .................................................................. 16
a) Une hausse spectaculaire des effectifs ................................................................................ 16
b) La France se couvre de maternelles .................................................................................... 17


3. L’abaissement continu de l’âge d’entrée à l’école maternelle................................................. 18
a) La révolution silencieuse de la maternelle .......................................................................... 18
b) L’école maternelle a laissé venir à elle les enfants de deux ans .......................................... 19
c) Un objectif du Plan peu réaliste .......................................................................................... 19


C. LA SCOLARISATION PRÉCOCE ET LA FIN D’UN MYTHE ................................................ 19


1. Le retour à l’ordre scolaire..................................................................................................... 19
a) L’école maternelle, désormais la première école................................................................. 20
b) Le choix législatif d’un principe ciblé ................................................................................ 20


2. La controverse autour de la scolarisation des enfants de deux ans ......................................... 22
a) Le maintien d’un haut niveau de scolarisation précoce ....................................................... 22
b) Une démographie qui contribue aux disparités territoriales ................................................ 23
c) L’émergence d’un débat public........................................................................................... 24


3. Sur la voie d’une réduction durable ........................................................................................ 25
a) La scolarisation précoce à l’épreuve de la démographie...................................................... 25


(1) Des effectifs sensibles à la courbe des naissances.................................................................. 25


(2) La relativité du taux de scolarisation.................................................................................... 26
b) L’entrée à l’école maternelle reste fixée à trois ans ............................................................ 27



- 4 -


II. L’ÉCOLE À DEUX ANS : UNE QUESTION DE SOCIÉTÉ................................................. 29


A. L’ÉCOLE MATERNELLE, UNE OPPORTUNITÉ DANS UN CONTEXTE DE
PÉNURIE ................................................................................................................................. 29

1. La conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle ................................................ 29
a) Le dynamisme de la natalité................................................................................................ 29
b) Un fort taux d’activité féminine.......................................................................................... 31
c) Qui conduisent à des besoins potentiels élevés ................................................................... 32


2. L’école maternelle au regard de l’offre de garde.................................................................... 33
a) Un positionnement ambigu des familles.............................................................................. 33


(1) Le choix des parents ne se porte pas prioritairement sur l’école maternelle ............................... 33


(2) Des motivations éclatées .................................................................................................... 34
b) Les structures d’accueil collectives : un mode minoritaire.................................................. 35


(1) L’école maternelle, un mode d’accueil spécifique.................................................................. 35


(2) Un taux de couverture des besoins insuffisant ....................................................................... 36


(3) Le déclin des jardins d’enfants............................................................................................ 39


(4) Un cloisonnement des structures ......................................................................................... 39
c) La comparaison des coûts ou une certaine idée de la gratuité.............................................. 40


(1) Un coût pour la Nation....................................................................................................... 40


(2) Un élément du débat sur l’offre de garde.............................................................................. 41


3. Un accès sélectif à l’école maternelle pour les deux ans......................................................... 42
a) Un ordre de priorité ............................................................................................................ 42
b) L’écolier de deux ans : un profil ciblé ................................................................................ 43
c) Une modulation des rythmes scolaires ................................................................................ 45


B. UN ANCRAGE TERRITORIAL OU DES RÉALITÉS LOCALES ............................................ 46


1. De fortes disparités territoriales qui permettent de s’interroger sur la maîtrise de la
politique de scolarisation précoce .......................................................................................... 46

2. Des éléments d’explications .................................................................................................... 47
a) La carte démographique des moins de six ans..................................................................... 48
b) Les disparités géographiques en matière d’offre de garde collective................................... 49
c) La concurrence de l’enseignement privé ............................................................................. 50


3. L’école maternelle en milieu rural .......................................................................................... 51


4. L’école maternelle, un élément d’adaptation aux territoires ................................................... 52
a) La commune, un partenaire essentiel .................................................................................. 52
b) Une variable d’ajustement ou une aide à la gestion de la carte scolaire ?............................ 53


III. LA SCOLARISATION PRÉCOCE : QUELLE PÉDAGOGIE POUR QUELS
BÉNÉFICES ?.......................................................................................................................... 55

A. L’ACCUEIL DES ENFANTS DE DEUX ANS À L’ÉCOLE PRIMAIRE .................................. 55


1. L’école maternelle s’adresse-t-elle aux enfants de deux ans ? ................................................ 55
a) Un enfant de deux ans, ce n’est pas un enfant de trois ans !................................................ 55


(1) Le respect des besoins physiologiques de l’enfant ................................................................. 56


(2) Le cadre du développement psychique et moteur................................................................... 56
b) L’école offre un milieu peu adapté aux enfants de deux ans ............................................... 58


(1) Une classe de très petite section structurellement peu différenciée........................................... 58


(2) Les apprentissages langagiers et le destin linguistique ........................................................... 59


(3) Le temps périscolaire : une nécessaire vigilance.................................................................... 60
c) La dualité de l’encadrement................................................................................................ 61


(1) Les professeurs de écoles : une formation unique souvent critiquée ......................................... 61


(2) La présence de l’ATSEM ................................................................................................... 62


2. École maternelle ou crèche : plus de similitudes que de différences........................................ 63


B. UNE FAUSSE BONNE IDÉE POUR LA RÉUSSITE SCOLAIRE ............................................ 64


1. Un bénéfice scolaire très relatif et peu durable pour les enfants scolarisés à deux ans........... 65
a) Des acquis qui s’estompent au cours de la scolarité élémentaire ......................................... 65
b) Un risque de redoublement atténué..................................................................................... 66



- 5 -


2. Une scolarisation précoce nettement favorable aux enfants de cadres .................................... 67


3. Sans impact sur les indices nationaux et internationaux de réussite scolaire .......................... 68


C. LES ACTIONS PASSERELLES : UNE MÉDIATION POUR ENTRER À L’ÉCOLE
MATERNELLE ......................................................................................................................... 69

1. Un protocole d’accord signé en 1990...................................................................................... 69
a) Des objectifs socialement ciblés ......................................................................................... 70
b) Des actions et un financement qui reposent sur un partenariat ............................................ 70


2. Une mise en oeuvre restée confidentielle.................................................................................. 71
a) Une variété de formules ...................................................................................................... 71
b) Des compétences professionnelles associées....................................................................... 71
c) Une expérimentation pourtant controversée ........................................................................ 72


IV. LES PRÉCONISATIONS DU GROUPE DE TRAVAIL ...................................................... 75


A. ENGAGER UNE LARGE CONCERTATION SUR LES MODES D’ACCUEIL DU
JEUNE ENFANT....................................................................................................................... 75

1. Proposer une approche mieux structurée : un temps de l’accueil et un temps de
l’éducation............................................................................................................................. 76

2. Décloisonner les univers professionnels et opter pour une transversalité ............................... 76


3. Mieux cerner les attentes des parents...................................................................................... 77


B. OFFRIR UN ACCUEIL APPROPRIÉ AUX ENFANTS DE DEUX À TROIS ANS : LE
JARDIN D’ÉVEIL..................................................................................................................... 77

1. Promouvoir une structure innovante à mi-chemin entre la crèche et l’école ........................... 78


2. Assurer les conditions matérielles de l’accueil........................................................................ 79
a) Assouplir les normes d’encadrement................................................................................... 79
b) Recenser les locaux disponibles.......................................................................................... 80


3. Développer l’emploi dans le secteur de la petite enfance ........................................................ 80


C. CONFORTER L’IDENTITÉ ET LES OBJECTIFS DE L’ÉCOLE MATERNELLE................... 81


1. Définir une école maternelle en trois ans................................................................................ 81


2. Renforcer la formation des professeurs des écoles sur l’école maternelle............................... 81


CONTRIBUTION DES GROUPES SOCIALISTE ET COMMUNISTE
RÉPUBLICAIN ET CITOYEN .................................................................................................... 83

LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES.............................................................................. 85


ANNEXE 1 - L’ÂGE D’ENTRÉE À L’ÉCOLE MATERNELLE SELON PLUSIEURS
CARACTÉRISTIQUES DE L’ÉLÈVE ET CELLES DE SA FAMILLE................................... 87

ANNEXE 2 - POLITIQUES ACADÉMIQUES ET DÉPARTEMENTALES EN
MATIÈRE DE SCOLARISATION À 2 ANS............................................................................... 89


- 6 -



- 7 -


« Quand on dit 2 ans et 3 ans, c’est comme si
on disait 12 ans et 25 ans. A deux ans, de trois
mois en trois mois, les enfants évoluent
énormément ; leurs intérêts, leur mode de
langage au sens large du terme sont en
continuelle mutation. »

Françoise Dolto – La cause des enfants

Mesdames, Messieurs,

La commission des affaires culturelles a souhaité dresser un état des
lieux de la scolarisation des jeunes enfants, plus précisément des moins de
trois ans, pour mieux comprendre les enjeux du débat actuel. Elle en a confié
la charge à un groupe de travail animé par Mme Monique Papon et M. Pierre
Martin.

Au cours du XXe siècle, l’école maternelle s’est progressivement
affirmée dans sa singularité et a été reconnue comme le fleuron du système
éducatif français. Son développement a contribué à faire de la scolarisation
précoce et massive des enfants dès leur plus jeune âge une des spécificités de
notre pays.

En France, depuis les années 1990, la quasi-totalité des enfants est
ainsi scolarisée à l’école maternelle dès l’âge de trois ans, ainsi qu’une
fraction importante des enfants de deux ans, en l’absence de toute obligation
légale. Toutefois, l’accueil des enfants de moins de trois ans se fait dans la
limite des places disponibles, ce qui lui vaut souvent le vocable de variable
d’ajustement des effectifs.

Le débat que le groupe de travail a engagé avec les différents
partenaires concernés n’a pas pour finalité de remettre en cause le principe de
l’école maternelle, qui relève d’un choix culturel et politique fait par notre
pays dès la fin du XIXe siècle. Ce questionnement porte sur le bien-fondé
d’une entrée aussi précoce dans un cadre scolaire.

Partisans et détracteurs de la scolarisation des moins de trois ans
s’affrontent ainsi sur deux logiques, une scolarisation précoce comme facteur
de réduction des inégalités sociales et de prévention de l’échec scolaire, ou
une inadaptation de l’institution scolaire à la prise en compte du
développement et du bien-être du jeune enfant.


- 8 -


En fait, les enjeux posés par la réflexion du groupe de travail sont
larges et divers. Ils touchent à l’organisation même de notre société tant à la
nécessaire conciliation d’une vie professionnelle et familiale qu’à la prise en
compte d’un égal accès aux différents modes d’accueil du jeune enfant. A la
frontière de deux politiques, entre branche famille et éducation nationale, la
question de l’entrée à l’école maternelle dès deux ans renvoie notamment à la
structuration actuelle de l’offre de garde en France.

Au nom de son excellence ou de son moindre coût, l’école maternelle
est souvent mise en demeure de résoudre des problèmes auxquels notre société
est aujourd’hui confrontée. Or le rôle de l’école maternelle est de permettre à
chaque enfant de devenir élève. Le passage du temps de l’enfant au temps de
l’élève renvoie à une question essentielle qui est celle de l’attention portée au
« temps du bébé »


- 9 -


I. DE LA PRÉSCOLARISATION À LA SCOLARISATION PRÉCOCE :
L’HISTOIRE D’UNE EXCEPTION FRANÇAISE
La singularité de notre système éducatif à l’égard de la scolarisation
des jeunes enfants trouve son explication dans une approche historique de la
politique éducative française. Dès le début du XIXe siècle, la France a fait le
choix d’une structure éducative collective placée à la fois sous le contrôle de
l’Etat et sous l’égide du ministère en charge de l’instruction.

Ce choix qui s’est imposé dans nos modes de pensée à l’égard des
organismes relevant du secteur de la petite enfance a profondément
conditionné l’ensemble de la politique d’accueil des jeunes enfants et le rôle
particulier joué par l’institution scolaire. Force est de constater par ailleurs que
l’école maternelle s’est construite en France en marge de la famille.

A. L’ÉMERGENCE D’UNE POLITIQUE
D’ACCUEIL EN FAVEUR DES
ENFANTS DES CLASSES POPULAIRES
Apparue au début du XIXe siècle, et reposant sur une conception
sociale de l’institution, la préscolarisation est à l’origine une oeuvre en
faveur des enfants d’ouvriers et des catégories urbaines les plus pauvres.

1. Les salles d’asile : des premiers essais de garde collective à une
éducation collective des jeunes enfants
a) La création des salles d’asile

Influencées par les « Infant school », créées en Angleterre dans le
souci d’améliorer le sort des enfants de deux à sept ans les plus démunis par
l’assistance et le travail, les salles d’asile doivent leur création en France à des
initiatives d’origines diverses -dames patronnesses, philanthropes,
responsables religieux, municipalités…-.

Ces lieux ont pour mission d’accueillir et d’assister les enfants
pauvres dont la mère ne peut s’occuper, dans un contexte d’industrialisation et
de développement des ateliers. Il s’agit de suppléer l’absence des parents en
créant des moments d’éducation hors de la famille pour des enfants qui en
raison de leur jeune âge ne relèvent pas de l’école.

Cette vocation de gardiennage et de sauvegarde du jeune enfant
domine le fonctionnement des premières salles d’asile placées sous la tutelle
des hospices ; elles sont ouvertes tous les jours de la semaine et tous les mois
de l’année à raison de dix à onze heures par jour. Sous la monarchie de Juillet,
on dénombre environ trois cents salles d’asile.


- 10 -


b) Les bases d’une éducation institutionnalisée dès l’âge de deux ans

Le développement des salles d’asile ouvre la voie d’une éducation
institutionnalisée. En effet, dès 1833, une circulaire du ministre de
l’instruction publique Guizot fait d’elles la base de l’enseignement primaire.
« Il ne peut être que fort utile de commencer l’instruction dès l’âge le plus
tendre : et tel semble devoir être le but principal des salles d’asile, qui
formeraient le premier degré de l’enseignement élémentaire, et que, par cette
raison, on pourrait appeler plus justement petites écoles ou écoles de
l’enfance ».1 Progressivement se dessinent les premiers fondements d’une
préscolarisation à la française.

Dans les textes officiels émaillant l’histoire des salles d’asile de 1829
à 1881, l’âge réglementaire minimum d’admission est toujours fixé à deux
ans, l’âge maximum variant entre six et sept ans.

Extrait de la circulaire adressée à MM. les préfets et à MM. les recteurs
concernant la loi du 28 juin 1833 sur l'instruction primaire

…en première ligne se présentent les plus élémentaires de toutes, celles qui sont
connues sous le nom de salles d’asile et où sont reçus les petits enfants de l’âge de deux ans à
l’âge de six ou sept ans, trop jeunes encore pour fréquenter les écoles primaires proprement dites,
et que leurs parents, pauvres et occupés, ne savent comment garder chez eux…

L’État prend en charge l’éducation collective des jeunes enfants
placés dans les salles d’asile dans un souci d’organisation et de contrôle. Des
instructions officielles en fixent alors le rôle et le programme. Il s’agit de
« leur faire contracter dès l'entrée dans la vie des habitudes d'ordre, de
discipline, d'occupation régulière qui sont un commencement de moralité »2.

En 1836, les salles d’asile sont classées parmi les écoles relevant du
ministère de l’instruction publique et, à partir de 1848, deviennent des
établissements d’instruction publique, soit le premier niveau de
l’enseignement primaire. La mission « propédeutique » des salles d’asile tend
à s’affirmer : elles ambitionnent de transmettre des savoirs de base, avant de
rejoindre le monde du travail.

En 1843, on compte déjà mille cinq cents salles d’asile accueillant
100 000 enfants, essentiellement dans les villes. A la veille de leur
remplacement par le terme d’école maternelle, vers 1881, 644 000 enfants y
suivent une forme d’instruction.

1 Circulaire de Thiers aux préfets, 5 mars 1833.
2 Circulaire du 4 juillet 1833.


- 11 -


La création des salles d’asile manifeste l’intérêt porté
progressivement à la spécificité de ce temps de l’enfance qui s’étend de l’âge
de deux ans à sept ans environ. Nées d’une préoccupation d’assistance et de
protection de l’enfance, elles exercent une influence déterminante sur le
modèle éducatif français.

2. La naissance de
l’école maternelle et l’oeuvre de Pauline
Kergomard
La personnalité et l’oeuvre de Pauline Kergomard, nommée en 1879
inspectrice générale des salles d’asile, marquent profondément la naissance de
l’école maternelle dans l’historiographie du XXe siècle.

a) Les recommandations formulées par Pauline Kergomard

En rupture avec les méthodes anciennes, Pauline Kergomard affirme
que l’école maternelle « n’est pas une école au sens ordinaire du mot ». Elle
promeut un modèle éducatif, celui « d’une mère intelligente et dévouée ». Il
s’agit de reconnaitre l’enfant comme individu, tout en maintenant des
exigences scolaires.

Sous son autorité, les contenus et les pratiques pédagogiques sont
modifiés pour que l’école maternelle ne soit ni « la petite caserne », ni « la
petite Sorbonne » que constitue à ses yeux la salle d’asile. Des disciplines
nouvelles apparaissent, liées au langage, à l’observation, aux exercices
sensoriels, aux jeux, sans faire disparaître les contenus d’enseignement. « Le
but de l'école maternelle est de donner à l'enfant le bien être qui lui manque
chez lui et les bonnes habitudes que ses parents ignorent »1. L’approche
novatrice de Pauline Kergomard influence durablement et profondément le
développement de l’école maternelle française.

b) La reconnaissance officielle de la préscolarisation

(1) Des dispositions réglementaires pour une nouvelle organisation
L’organisation des écoles maternelles est mise en oeuvre par le décret
du 2 août 1881. Il supprime officiellement les salles d’asile en les
remplaçant par le terme d’école maternelle, qui devient alors une école
non obligatoire mais gratuite et laïque. Un arrêté publié en juillet 1882
réglemente l’organisation pédagogique des écoles maternelles publiques, selon
des instructions qui s’inspirent des recommandations de Pauline Kergormard.

1 Kergomard Pauline Les écoles maternelles de 1837 jusqu'en 1910. Paris : Nathan, 1910


- 12 -


Extrait de l’arrêté du 28 juillet 1882 réglant l’organisation pédagogique
des écoles maternelles publiques

…1° OBJET DE L’ÉCOLE MATERNELLE

L’école maternelle a pour but de donner aux enfants au-dessous de l’âge scolaire « les
soins que réclame leur développement physique, intellectuel et moral » (décret du 2 août 1881),
et de les préparer ainsi à recevoir avec fruit l’instruction primaire.

L’école maternelle n’est pas une école au sens ordinaire du mot : elle forme le passage
de la famille à l’école, elle garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même
temps qu’elle initie au travail et à la régularité de l’école.

Le succès de la directrice d’école maternelle ne se juge donc pas essentiellement par la
somme des connaissances communiquées, par le niveau qu’atteint l’enseignement, par le nombre
et la durée des leçons, mais plutôt par l’ensemble des bonnes influences auxquelles l’enfant est
soumis, par le plaisir qu’on lui fait prendre à l’école, par les habitudes d’ordre, de propreté, de
politesse, d’attention, d’obéissance, d’activité intellectuelle qu’il doit y contracter pour ainsi dire
en jouant.

En conséquence, les directrices devront se préoccuper beaucoup moins de livrer à
l’école primaire des enfants déjà fort avancés dans leur instruction, que des enfants bien préparés
à s’instruire. Tous les exercices de l’école maternelle seront réglés d’après ce principe général :
ils doivent aider au développement des diverses facultés de l’enfant sans fatigue, sans contrainte,
sans excès d’application ; ils sont destinés à lui faire aimer l’école et à lui donner de bonne heure
le goût du travail, en ne lui imposant jamais un genre de travail incompatible avec la faiblesse et
la mobilité du premier âge.

Le but à atteindre, en tenant compte des diversités de tempérament, de la précocité des
uns, de la lenteur des autres, ce n’est pas de les faire tous parvenir à tel ou tel degré de savoir en
lecture, en écriture, en calcul, c’est qu’ils sachent bien le peu qu’ils sauront, c’est qu’ils aiment
leurs tâches, leurs jeux, leurs leçons de toute sorte, c’est surtout qu’ils n’aient pas pris en dégoût
ces premiers exercices scolaires qui seraient si vite rebutants, si la patience, l’enjouement,
l’affection ingénieuse de la maîtresse ne trouvaient le moyen de les varier, de les égayer, d’en
tirer ou d’y attacher quelque plaisir pour l’enfant.

Une bonne santé ; l’ouïe, la vue, le toucher déjà exercés par une suite graduée de ces
petits jeux et de ces petites expériences propres à faire l’éducation des sens : des idées enfantines
mais nettes et claires sur les premiers éléments de ce qui sera plus tard l’instruction primaire ; un
commencement d’habitudes et de dispositions sur lesquelles l’école puisse s’appuyer pour donner
plus tard un enseignement régulier ; le goût de la gymnastique, du chant, du dessin, des images,
des récits ; l’empressement à écouter, à voir, à observer, à imiter, à questionner, à répondre ; une
certaine faculté d’attention entretenue par la docilité, la confiance et la bonne humeur ;
l’intelligence éveillée enfin et l’âme ouverte à toutes les bonnes impressions morales.

Tels doivent être les effets et les résultats de ces premières années passées à l’école
maternelle, et si l’enfant qui en sort arrive à l’école primaire avec une telle préparation, il importe
peu qu’il y joigne quelques pages de plus ou de moins du syllabaire.

La loi du 30 octobre 1886 sur l’organisation de l’enseignement
primaire fait ainsi de l’école maternelle une de ses composantes.

Par ailleurs, en 1884, la formation des enseignantes de maternelle est
confiée aux écoles normales d’institutrices et en 1921, le statut des personnels
des écoles maternelles est aligné sur celui des écoles primaires.


- 13 -


Loi du 30 octobre 1886 sur l’organisation de l’enseignement primaire

Article premier - L’enseignement primaire est donné :
1° Dans les écoles maternelles et les classes enfantines ;
2° Dans les écoles primaires élémentaires ;
3° Dans les écoles primaires supérieures et dans les classes d’enseignement primaire


supérieur annexées aux écoles élémentaires et dites « cours complémentaires » ;

4° Dans les écoles manuelles d’apprentissage, telles que les définit la loi du
11 décembre 1880.

(2) Un critère d’admission fondé sur l’âge
Les conditions d’admission des élèves dans les diverses catégories
d’écoles ou de classes sont d’abord fondées sur le critère de l’âge. Ainsi, le
décret du 18 janvier 1887, dans son article premier, stipule que dans les écoles
maternelles, les enfants peuvent être reçus dès l’âge de deux ans révolus et
rester jusqu’à l'âge de six ans.

Les classes enfantines, degré intermédiaire entre l’école maternelle et
l’école primaire, sont réservées aux enfants de quatre ans au moins à sept ans
au plus. Ils y reçoivent un commencement d’instruction primaire.

Décret du 18 janvier 1887 portant organisation et fonctionnement
des écoles maternelles et des classes enfantines

Article premier - Les écoles maternelles sont des établissements de première éducation
où les enfants des deux sexes reçoivent en commun les soins que réclame leur développement
physique, moral et intellectuel.

Dans les communes comptant moins de 2 000 habitants, dont 1 200 agglomérés,
l'école maternelle peut être remplacée par une classe enfantine annexée à une école élémentaire.

Dans les écoles maternelles et les classes enfantines, les enfants peuvent être admis
dès l'âge de deux ans révolus et restent jusqu'à l'âge de six ans.

Les enfants ne passeront de l'école maternelle ou de la classe enfantine à l'école
primaire qu'à la rentrée d'octobre ou à la rentrée de Pâques, suivant les modalités établies par le
règlement départemental.

Les élèves des écoles maternelles sont répartis en deux sections : la
section des petits (deux à cinq ans) et la section des grands (cinq à sept ans),
les effectifs baissent (théoriquement, ils sont limités à cinquante élèves par
section), ce qui entraîne alors un ajustement des contenus en fonction de l’âge
des enfants.

Cependant, il semble que l’école maternelle ne réussit que
difficilement et assez partiellement à imposer une méthode éducative distincte
de celle de l’enseignement primaire.


- 14 -

(3) Une préscolarisation qui fait déjà l’objet de critiques
Force est constater que les critiques formulées actuellement à l’égard
de la scolarisation des très jeunes enfants trouvent une résonance dans le
passé. Elles sont au coeur de l’ambivalence qui existe entre le terme d’école et
celui de maternelle, tout en posant la question de la forme ainsi que des
objectifs d’un enseignement préscolaire.

« Mais il y a une autre manière de sectionner que je trouve aussi mauvaise que celle
dont j'ai parlé tout d’abord; elle est ainsi pratiquée :

1° Les tout petits qui savent à peine parler, à peine marcher;

2° Ceux de trois à quatre ou cinq ans dans la salle d'exercices, meublée de gradins et
de tables, et y recevant des leçons sur toutes les parties du programme ;

3° Les grands, ceux de cinq et six ans, dans la troisième salle, que nous appellerons la
classe, parce que, malheureusement, c'est une classe et pas autre chose.

Donc, avec ces trois sections, nous nous trouvons en présence d'un établissement
comprenant la crèche très mauvaise crèche, parce qu'elle n'est pas installée en crèche – et une
école à deux classes. Le coeur et la raison protestent contre cet ordre de choses, contre cette
éducation de l'enfant (élevage eût été un mot plus juste) en dehors des conditions normales, et je
me sens, chaque jour, plus invinciblement entraînée à le placer ou à le laisser dans son milieu,
où il se développe, au lieu d'aider à lui créer un milieu factice où il s'étiole. »

Pauline Kergomard - L’éducation maternelle dans l’école (1886)

c) Des instructions pour plus de cinquante ans

Le fonctionnement de l’école maternelle et les grandes lignes de son
orientation sont fixés au début du XXe siècle et perdurent pendant plus de
cinquante ans. Les instructions de 1921, qui modifient les textes de 1887,
constituent la seule référence officielle jusqu’en 1977.

Ces instructions sont en quelque sorte l’aboutissement du projet de
Pauline Kergomard : prééminence du développement corporel, intérêt
pédagogique du jeu et valeur exemplaire de la « mère intelligente ». L’école
maternelle n’est toutefois encore destinée qu’à une fraction de la
population.

L'école maternelle n'est pas une école au sens ordinaire du mot, c'est un abri destiné à
sauvegarder l'enfant des dangers de la rue, comme des dangers de la solitude dans un logis
malsain. Elle doit donc encourager la fréquentation quotidienne des enfants errants et de ceux
dont la mère travaille tous les jours et toute la journée hors de la maison; elle recevra les autres
aux heures où leur mère ne peut pas s'en occuper; elle donnera également l'hospitalité pendant les
récréations aux enfants privés de camarades de leur âge.

Programmes et instructions du 16 mars 1908


- 15 -


Les textes officiels ébauchent un cadre pédagogique à destination
des enseignantes d’école maternelle. L’emploi du temps des enfants
s’articule autour :

-des exercices physiques : exercices respiratoires, jeux, mouvements
gradués et accompagnés de chants ;
-des exercices sensoriels, des exercices manuels, des exercices de
dessin ;
- des exercices de langage et de récitation, des récits et des contes ;
-des exercices d'observation sur les objets et sur les êtres familiers à
l'enfant ;
-des exercices ayant pour but la formation des premières habitudes
morales ;
-pour les enfants de la première section, des exercices d'initiation à la
lecture, à l'écriture et au calcul.
Paradoxalement, cette période vide de textes est celle où l'école
maternelle connaît ses évolutions majeures. Cette transformation est attribuée
à l’influence des inspectrices générales de l’école maternelle et à la diffusion
de la recherche pédagogique par différentes canaux tels que les conférences,
les revues spécialisées, ou l’Association générale des institutrices et des
instituteurs des écoles et classes maternelles publiques (AGIEM), créée en
1921.

B. LES
TRENTE GLORIEUSES DE L’ÉCOLE MATERNELLE OU LA
PRÉSCOLARISATION POUR TOUS
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la France connait une
profonde mutation de son école maternelle. L’ensemble des couches
sociales de la population scolarisent désormais leurs enfants dans les écoles
maternelles. La généralisation de la préscolarisation qui s’amorce à partir
de la fin des années 1950 constitue un fait majeur dans l’histoire de notre
système éducatif.

L'évolution se produit également au niveau des structures matérielles,
les locaux sont de plus en plus accueillants et fonctionnels. Les pratiques
pédagogiques évoluent sous l’influence notamment des recherches sur le
développement du jeune enfant. L’école maternelle entre dans sa phase
d’« école heureuse ».

Par sa continuité dans sa définition institutionnelle, dans son cadre et
dans sa liberté pédagogique, l’école maternelle apparait comme une réussite
exemplaire, qui s’affranchit alors de toutes critiques, au contraire des autres
niveaux d’enseignement. Tout au long de ces années, il s’agit de la développer
et non de la réformer. Elle intègre aussi progressivement une population
infantile de plus en plus jeune.


- 16 -

1. La reconnaissance sociale du rôle de l’école maternelle
L’entrée des classes moyennes et supérieures dans l’école
maternelle impulse un mouvement décisif en faveur de ce niveau
d’enseignement. La diversification du public des maternelles correspond au
moment où les Français font de plus en plus souvent appel aux institutions
collectives, à l’extérieur de la famille, pour la garde et l’éducation de leurs
jeunes enfants. Ils se tournent alors vers l’école maternelle, alors même que
cette dernière s’affirme dans sa spécificité.

Se met ainsi en place une des singularités du système éducatif
français, la préscolarisation du jeune enfant. L’école maternelle devient à la
fois un milieu éducatif pour tous et le modèle de l’excellence éducative.
L’école élémentaire constitue de moins en moins la première école.

La précocité de la scolarisation est alors perçue comme un facteur
essentiel de développement de l’enfant dans les domaines de la socialisation,
de la communication, de l’acquisition du langage ou de l’autonomie. On
assiste à l’émergence de l’école maternelle comme lieu de socialisation
personnalisée de l’enfant. La fréquentation précoce de l’école est aussi
conçue comme un gage de réussite ultérieure. Son expansion résulte ainsi
d’une modification des modes de vie et d’un changement de statut de l’enfant
au sein de la société et de la sphère familiale.

2. La préscolarisation comme phénomène de société
Les années d’après-guerre sont marquées par une hausse continue et
forte du nombre d’enfants scolarisés dans l’enseignement préscolaire. La
croissance spectaculaire du taux de scolarisation en maternelle apparaît
relativement indépendante des données démographiques, même si notre pays
doit alors scolariser des générations plus nombreuses.

a) Une hausse spectaculaire des effectifs

De 400 000 élèves entre 1930 et 1940, les effectifs des écoles
maternelles s’élèvent à 800 000 en 1958, pour atteindre 1 344 000 en 1968 et
1 860 000 dix ans plus tard en 1978.

En revanche, l’évolution des effectifs des classes enfantines, dont les
fluctuations ne suivent pas la croissance régulière des maternelles, tend en
quelque sorte à les marginaliser ou à les limiter au milieu rural.


- 17 -


Effectifs préscolaires entre 1948 et 1979 (en
milliers)
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
1948-1949
1953-1954
1958-1959
1963-1964
1968-1969
1973-1974
1978-1979
Ecoles m a t e rnelles
Préscolair e
Source : d’après A. Prost

Entre 1945 et 1980, le nombre d’enfants scolarisés dans les écoles
maternelles est multiplié par 4,65. Environ 40 % des enfants de 2 à 5 ans
vont à l’école vers 1950, surtout dans les villes et les gros bourgs et dans la
France industrielle. Le taux de 50 % est atteint au début des années 1960, et
dépasse celui de 60 % dans les années 1970. Ils sont 75 % en 1975 avant
d’atteindre le taux de 82 % au début des années 1980. La scolarisation des
jeunes enfants est alors mieux répartie sur l’ensemble du territoire, après
l’essor des écoles maternelles en ville et des classes enfantines en campagne.

b) La France se couvre de maternelles

Le développement des écoles maternelles, notamment au détriment
des sections enfantines des écoles élémentaires dans les zones urbaines,
engage la France dans un mouvement massif de préscolarisation.

Par ailleurs, se dessine un mouvement de reprise des classes
enfantines qui s’explique par un phénomène nouveau, l’engagement du
milieu rural dans la préscolarisation. On peut désormais parler d’une
maternelle pour tous. « La croissance de l’enseignement préscolaire est le
fruit d’une politique délibérée, menée avec persévérance, en réponse à une
demande soutenue ».1

En quarante ans, le nombre d’écoles maternelles a été multiplié
par quatre. Sachant que le nombre de classes par école peut désormais
atteindre le chiffre de cinq, l’augmentation du nombre de classes maternelles
est encore plus importante. Ce sont ainsi les communes qui ont permis le

1 A. Prost Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France Tome IV 1981


- 18 -

développement de ce mouvement, par un effort d’équipement et de
construction considérable.

NOMBRE DE CLASSES ET D’ÉCOLES MATERNELLES 1938-1976

1938-1939 1948-1949 1958--1959 1968-1969 1976-1977
Écoles -3 653 5 395 8 224 13 639
Classes 8 745 -18 641 31 880 51 830

Source : A. Prost

3. L’abaissement continu de l’âge d’entrée à l’école maternelle
Le développement de la fréquentation de l’école maternelle au sein de
l’ensemble des couches sociales de notre pays s’accompagne d’un autre
mouvement, l’abaissement progressif et définitif de l’âge d’entrée dans
l’institution scolaire.

a) La révolution silencieuse de la maternelle

La scolarisation en école maternelle pour l’ensemble d’une classe
d’âge s’est effectuée en plusieurs étapes : 1970 pour les enfants de cinq ans,
1980 pour les quatre ans et 1990 pour les trois ans.

ÉVOLUTION DES POURCENTAGES D’ENFANTS SCOLARISÉS PAR ÂGE
(France métropolitaine, France métropolitaine + DOM, public et privé)

1960-1961 1970-1971 1975-1976 1980-1981 1985-1986 1990-1991
2 ans 9,9 17,9 26,6 35,7 31,9 35,2
3 ans 36,0 61,1 80,4 89,9 93,3 98,2
4 ans 62,6 87,3 97,3 100,0 100,0 100,0
5 ans 91,4 100,0 100,0 100,0 99,7 99,4
Ensemble 2-5 ans 50,0 65,4 75,9 82,1 82,6 83,6

Source : MEN

L’évolution de la scolarisation des enfants de trois ans est à cet égard
particulièrement frappante : de l’ordre de 36 % au début des années 1960, ce
taux croît considérablement pour atteindre les deux tiers autour de 1971-1972
(66,3 %) avant de devenir un phénomène de masse dix ans plus tard, puisque
près de 90 % d’entre-eux fréquentent l’école en 1980.

Cette « révolution éducative », comme la nomme Antoine Prost, est
d’autant plus exceptionnelle qu’elle est propre à notre pays et touche toutes
les catégories de population. Elle s’est également réalisée dans un cadre
législatif non contraignant, puisque la fréquentation massive et de plus en
plus précoce de l’école maternelle s’est accomplie en l’absence de toute
obligation légale. Elle procède d’un choix des familles, encouragé par l’action


- 19 -


des communes en faveur de l’ouverture d’écoles maternelles ou de classes
enfantines.

b) L’école maternelle a laissé venir à elle les enfants de deux ans

La scolarisation des enfants de deux ans n’échappe pas à ce
mouvement. On assiste à une accélération de l’accueil des enfants de deux à
trois ans au sein des écoles maternelles à partir des années 1970 pour
atteindre un plancher dix ans plus tard. Le taux de scolarisation des enfants de
moins de trois ans augmente ainsi régulièrement depuis les années 1960 : 10 %
en 1960-1961, 18 % en 1970-1971, 36 % en 1980-1981. C’est la décennie
1970-1980 qui connait la plus forte progression du pourcentage d’enfants
scolarisés à deux ans.

La croissance accélérée du taux de scolarisation à deux ans à partir de
la fin des années 1970 coïncide avec la chute de la natalité qui intervient alors.
Le nombre de naissances le plus bas se situe dans notre pays en 1975, ce qui
se traduit deux ans plus tard par une diminution du rationnement de la
demande.

c) Un objectif du Plan peu réaliste

Le développement de la préscolarisation avait cependant été prévu
dans le cadre des différents Plans successifs.

Les objectifs du Ve Plan (1966-1970) étaient respectivement un taux
de scolarisation de 95 % à quatre ans et de 80 % à trois ans. Très ambitieux, ils
n’ont été atteints que dans les années 1975-1976 en raison de la chute du taux
de natalité.

S’agissant des enfants de deux ans, l’objectif était d’en scolariser
50 %, le VIIe Plan ramène ce taux pour 1980 à 45% ! Les objectifs des
plans répondent ainsi à une demande sociale insistante qui a été prise en
compte par les communes qui se sont lancées dans une politique de
construction d’écoles maternelles.

C. LA SCOLARISATION PRÉCOCE ET LA FIN D’UN MYTHE
1. Le retour à l’ordre scolaire
De la fin des années 1970 au début des années 1990, se met
progressivement en place l’idée que l’école maternelle constitue le premier
niveau de l’école primaire. Elle doit également contribuer « à prévenir les
difficultés scolaires, à dépister les handicaps et à compenser les inégalités »,
selon les dispositions de l’article 2 de la loi n° 75-620 du 11 juillet 1975
relative à l’éducation, dite loi Haby.


- 20 -


a) L’école maternelle, désormais la première école

De nouvelles dispositions réglementaires confirment progressivement
l’insertion de l’école maternelle au sein d’une organisation scolaire qui couvre
l’ensemble de l’enseignement primaire.

En 1977, une circulaire ministérielle assigne à l’école maternelle un
rôle « éducatif, propédeutique et de gardiennage ». Ces nouvelles
orientations tendent à organiser les grandes fonctions dont l’éducation
nationale doit accompagner l’épanouissement : affectivité, motricité, langage,
développement cognitif. Les programmes de 1977 sont ainsi construit sur le
même modèle que ceux de l’élémentaire et du secondaire avec la mise en
oeuvre d’objectifs. En même temps, apparaissent de nouvelles exigences au
sein de la société française pour une contribution précoce aux apprentissages
scolaires.

Les orientations pour l’école maternelle de 1986 accentuent le
recentrage de l’école maternelle sur sa mission de scolarisation. La circulaire
du 30 janvier 1986 fixe ainsi plusieurs objectifs : « scolariser, socialiser,
apprendre et exercer », en affirmant que l’école maternelle est une école à
part entière. Le terme « école » l’emporte sur celui de « maternelle ». « La
scolarité à l’école maternelle est certes particulière, mais c’est bien une
scolarité. Elle met en place les premiers apprentissages (...). L’école
maternelle française est bien une école. C’est la première école. »

La loi d’orientation du 10 juillet 1989 parachève cette politique par la
mise en place des cycles d’apprentissage qui intègre définitivement l’école
maternelle à l’ensemble du système éducatif français. La classe de grande
section de maternelle est appelée à devenir la première année du cycle II des
apprentissages fondamentaux.

De nouveaux textes publiés en 1995 rappellent que l’école maternelle
doit mettre en oeuvre un certain nombre d’apprentissages. Il lui est attribué une
mission « préparatoire à la scolarité obligatoire » en lui conférant une réelle
dimension propédeutique.

La recherche d’une continuité des apprentissages s’effectue dans un
contexte où prédomine d’une part, l’aspiration à une scolarité longue et à une
réussite scolaire ultérieure, et d’autre part, la volonté de concourir à la
prévention des inégalités et à la lutte contre l’échec scolaire. Parallèlement, se
multiplient les études pour mesurer les effets de la fréquentation de la
maternelle sur la réussite scolaire et les acquisitions ultérieures.

b) Le choix législatif d’un principe ciblé

La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 consacre ainsi
un droit à la scolarisation pour tout enfant dès l’âge de trois ans, principe
qui est étendu prioritairement aux enfants de deux ans vivant dans un
milieu social défavorisé, pour répondre plus particulièrement à cette


- 21 -

préoccupation de compensation des inégalités dans un contexte d’échec
scolaire.

Loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989

Article 2 -Tout enfant doit pouvoir être accueilli, à l’âge de trois ans, dans une école
maternelle ou une classe enfantine, le plus près possible de son domicile, si sa famille en fait la
demande.

L’accueil des enfants de deux ans est étendu en priorité dans les écoles situées dans un
environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne.

Cette reconnaissance officielle ne doit pas laisser penser que
l’ouverture de l’enseignement préscolaire aux enfants de deux ans est une
nouveauté éducative comme en attestent les données statistiques. Cette loi
confère une validation législative à des évolutions déjà engagées au sein du
modèle éducatif français.

Elle traduit une prise de conscience chez certaines élites politiques et
intellectuelles d’une nécessaire préscolarité comme phase décisive pour la
prévention de l’échec scolaire : « l’école maternelle constitue une étape
fondamentale dans la scolarisation d’un enfant. L’influence particulièrement
bénéfique d’une scolarisation précoce sur la réussite ultérieure des enfants,
notamment à l’école primaire, est aujourd’hui unanimement reconnue. L’école
maternelle joue un rôle manifeste en faveur des enfants les moins favorisés
devant l’accès au savoir. L’accueil des ces derniers en école maternelle dès
l’âge de deux ans et de tous les enfants dès l’âge de trois ans constitue donc
un objectif de la politique éducative et les efforts nécessaires doivent être
entrepris pour y parvenir ».1

Les travaux préparatoires à l’élaboration de cette loi d’orientation ont
en effet rejeté le principe d’une scolarisation généralisée dès deux ans
pour s’assurer d’une action ciblée en faveur des milieux défavorisés.
L’école maternelle devient progressivement la première étape de la réussite
scolaire, comme l’indique l’instruction du 8 octobre 1999 : « En matière de
prévention de l'échec et de démocratisation des conditions de la réussite
scolaire, la responsabilité de l'école maternelle est à la mesure de sa place
éminente et fondatrice. École de tous les possibles, l'ambition est à sa
portée ».

Cette mesure législative qui s’inscrit notamment à la suite des
recommandations du Conseil économique et social participe d’une politique de
relance des zones d’éducation prioritaire (ZEP), créées en 1981, afin
d’apporter à des populations scolaires issues de catégories sociales
défavorisées « un soin pédagogique particulier où la scolarisation des enfants

1 Rapport annexé à la loi n° 89-486 du 10 juillet 1989.


- 22 -


de deux ans est favorisée ».1 Elle se situe également dans un contexte de fortes
inégalités territoriales concernant la scolarisation à deux ans.

2. La controverse autour de
la scolarisation des enfants de
deux ans
La forte progression de la scolarisation des enfants de moins de trois
ans, conjuguée aux recherches sur le développement et l’épanouissement des
jeunes enfants, a contribué à l’émergence d’un débat, passionné et
controversé, sur ce sujet.

a) Le maintien d’un haut niveau de scolarisation précoce

Il apparaît que la loi du 10 juillet 1989 a consacré une tendance, mais
n’a pas impulsé un nouveau mouvement de croissance du niveau de la
scolarisation des jeunes enfants. Les années 1990 marquent une
stabilisation, à un haut niveau, des effectifs d’enfants de deux ans scolarisés,
comme en témoigne le tableau ci-après.

En effet, ce taux se maintient autour de 35 % pendant plus de dix
ans. Le plafond historique a été atteint dès la rentrée de 1980 avec un taux de
35,7%. Sa signification est d’autant plus forte que si l’on ne comptabilise que
les enfants ayant deux ans révolus à la rentrée scolaire, ce sont en fait autour
de 55 % des enfants nés entre le 1er janvier et le 31 août qui sont scolarisés
alors. Plus de la moitié des enfants de deux à trois ans fréquentent donc
l’école maternelle ou les classes enfantines durant cette décennie.

ÉVOLUTION DES POURCENTAGES D’ENFANTS SCOLARISÉS PAR ÂGE (1) (2)
(France métropolitaine, public et privé)

1991-1992 1992-1993 1993-1994 1994-1995 1997-1998 1998-1999 1999-2000 2001-2001
2 ans 34,5 34,9 35,4 35,5 35,0 35,4 35,2 35,3
3 ans 99,1 99,4 99,7 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
4 ans 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
5 ans 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 99,9 100,0
Ensemble
2-5 ans
84,0 84,2 84,5 84,8 84,4 84,3 84,4 84,9

(1) Y compris les effectifs des écoles spécialisées
Source : MEN
(2) Les données du secteur public n’étant pas disponibles pour les années 1995-1996 et 1996-1997, les pourcentages ne peuvent être
calculés.
Au cours de la décennie 1990-1999,

Posté le: 17 novembre 2008


Page : 1

> Retour à l'accueil de mon blog


Calendrier

L M M J V S D
1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031



Adhérez à la Chambre des associations !

Vous pouvez maintenant adhérer ou renouveler votre adhésion en cliquant ici...

publicite

Notre plateforme CDA-Blog, mise à votre disposition pour présenter, valoriser, dynamiser vos associations, rassemble des structures venant de partout : France métropolitaine, départements d'Outremer et divers pays francophones. D'où que vous soyez, vous pouvez désormais nous rejoindre concrètement par votre adhésion !


Le "Top 20" des CDA-Blogs !

Les blogs les plus visités...

publicite 2

Vous voulez savoir quels sont les CDA-Blogs les plus visités ? Bientôt ce sera peut-être celui de votre association... Alors inscrivez-vous et faites-le savoir !

© CDA-ASSO 2005 - - Conditions d'utilisation - - Liens utiles - Réalisation: Axe-net
(xhtml strict - CSS2 - Accessible aux mal voyants)