Actualités de l'INSERM
Paris, le 22 février 2006
Information presse
Origine des maladies auto-immunes : le scénario se confirme
Les maladies auto-immunes telles que la polyarthrite rhumatoïde, le diabète insulinodépendant
ou la sclérose en plaques touchent plus de 5% de la population mondiale.
Elles sont la conséquence d’une réaction de défense anormale du système
immunitaire d’un individu, qui attaque ses propres cellules, tissus ou organes, sans
raisons expliquées. Une équipe de chercheurs de l’Inserm et de l’hôpital Bicêtre
(Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) vient de démontrer, dans le syndrome de
Sjögren -un modèle de maladie auto-immune- la responsabilité des protéines de
défense contre les infections dans la survenue et l’entretien de ces pathologies
invalidantes. Ces résultats, qui suggèrent un scénario faisant intervenir facteurs
d’environnement et facteurs génétiques, sont publiés dans les Proceedings of the
National Academy of Science (PNAS) du 21 février 2006.
Le syndrome de Gougerot-Sjögren (ou syndrome de Sjögren), qui touche 0,1 à 0,2 % de la
population mondiale, arrive, en terme de fréquence, au deuxième rang des maladies autoimmunes
affectant plusieurs organes (maladies auto-immunes systémiques), après la
polyarthrite rhumatoïde. Il se manifeste par une sécheresse très invalidante de la bouche et
des yeux, des douleurs diffuses, une inflammation des articulations, une grande fatigue, des
atteintes de différents organes (peau, poumons, reins, cerveau, etc.) et un risque de
lymphome (cancer des organes lymphoïdes) 20 à 40 fois plus élevé que dans la population
générale.
L’origine de ces maladies auto-immunes est inconnue mais il existe de façon certaine une
interaction entre des facteurs génétiques et environnementaux. Parmi ces derniers, le rôle
des infections est suspecté depuis longtemps.
Le rôle majeur des interférons (protéines permettant la défense contre les infections) vient
d’être mis en évidence dans le syndrome de Sjögren, considéré comme un modèle de
maladie auto-immune systémique, dans les travaux menés par les unités Inserm U802 (IFR
Bicêtre) et U567 (Institut Cochin, Paris), en collaboration avec le service de rhumatologie de
l’Hôpital Bicêtre (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) et l’Université Paris-Sud 11.
Ces équipes ont effectué des prélèvements dans les organes affectés par la maladie (tissus
salivaires et oculaires) et ont comparé ces prélèvements à ceux effectués chez des sujets
sains, grâce à la technique innovante et puissante des puces à ADN qui permet l’étude
simultanée de plusieurs milliers de gènes. Les résultats ont montré, chez les malades, une
surexpression de nombreux gènes dont il est établi que l’expression est liée à la présence
d’interférons, protéines de défense contre les infections virales. Les auteurs ont ensuite
recherché la présence de cellules dont le rôle est de sécréter l’interféron après une infection
virale ou bactérienne : les cellules dendritiques plasmacytoïdes. Si ces cellules permettant
une défense rapide contre les infections sont bien présentes dans les tissus salivaires de
tous les malades étudiés, elles n’ont jamais été trouvées chez les sujets sains.
Dans ce modèle de maladie auto-immune, le rôle de l’interféron, qui avait été mis récemment
en évidence dans le lupus érythémateux disséminé, vient donc d’être démontré. Les
chercheurs proposent un scénario expliquant le déclenchement puis la persistance des
maladies auto-immunes : rôle initial d’un facteur environnemental, probablement d’une
infection virale, conduisant à la sécrétion des interférons. Chez des individus ayant certains
facteurs de risque génétiques, cette sécrétion d’interférons active le système immunitaire qui
provoque et entretient l’agression des organes cibles.
Enfin, ces découvertes offrent de nouveaux espoirs pour le traitement des maladies autoimmunes
avec la perspective de nouveaux médicaments bloquant l’action des interférons,
actuellement en cours d’essai clinique. Cependant, bloquer l’interféron peut entraîner des
effets indésirables infectieux voire perturber certaines défenses anti-cancéreuses. En effet,
l’interféron est utilisé dans le traitement de certaines maladies infectieuses comme l’hépatite
C, mais aussi de certains cancers, comme le mélanome, un cancer de la peau.
Faudra-t-il choisir entre pathologie auto-immune et cancer ? L’avenir pour le traitement des
maladie auto-immunes dépendant de l’interféron réside peut-être dans l’utilisation
d’inhibiteurs non de l’interféron lui-même mais des molécules induites par l’interféron, l’un
des meilleurs candidats étant la cytokine BAFF (B-cell Activating Factor of the TNF Family)
ou BlyS (B Lymphocyte Stimulator) qui est produite en excès dans de nombreuses maladies
auto-immunes.
Source
“Activation of IFN pathways and plasmacytoid dendritic cell recruitment in target
organs of primary Sjögren’s syndrome”
Jacques-Eric Gottenberg12, Nicolas Cagnard2, Carlo Lucchesi2, Franck Letourneur2, Sylvie
Mistou2, Thierry Lazure3, Sebastien Jacques2, Nathalie Ba3, Marc Ittah1, Christine Lepajolec4,
Marc Labetoulle5, Marc Ardizzone6, Jean Sibilia6, Catherine Fournier2, Gilles Chiocchia2, and
Xavier Mariette1
1 Inserm U 802, Service de Rhumatologie, Hôpital de Bicêtre, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Université
Paris-Sud 11, 94275 Le Kremlin Bicêtre, France;
2 Institut Cochin, Département d’Immunologie, Inserm U 567, CNRS UMR 8104, Université Paris Descartes,
Faculte de Médecine René Descartes, Paris, France;
3 Service d’Anatomopathologie, Hôpital de Bicêtre, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris-Sud
11, 94275 Le Kremlin Bicêtre, France
4 Service d’Otorhinolaryngologie, Hôpital de Bicêtre, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris-Sud
11, 94275 Le Kremlin Bicêtre, France
5 Service d’Ophtalmologie, Hôpital de Bicêtre, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Université Paris-Sud 11,
94275 Le Kremlin Bicêtre, France
6 Service de Rhumatologie, Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg, Hôpital de Hautepierre, 67200
Strasbourg, France
Proceedings of the National Academy of Science (PNAS), 21 février 2006, vol.103 N.8
http://www.pnas.org/cgi/content/full/103/8/2770
Contact chercheurs
Xavier Mariette xavier.mariette@bct.aphp.fr
Tel. 01 45 21 37 58/ 06 23 26 81 04
Jacques-Eric Gottenberg jegotten@club-internet.fr
Tel: 01 45 21 37 51/58
Unité Inserm 802 et service de Rhumatologie, Hôpital Bicêtre
Posté le: 19 mars 2006
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