Les parasites protègent-ils de la Sclérose en Plaques
Les parasites protègent ils de la sclérose en plaques ?
Publié le 12/02/2007
La sclérose en plaques (SEP) est considérée comme une affection inflammatoire du système nerveux central avec une réaction immunitaire de type Th1. Certaines données épidémiologiques suggèrent qu'il existe une relation entre l'augmentation de la prévalence des maladies auto-immunes et la diminution de celle des maladies infectieuses dans les populations occidentales. Une hypothèse similaire a été évoquée dans le domaine de l'allergie.
Les infections parasitaires sont responsables d'une réaction de type Th2 qui pourrait moduler la réaction Th1. Des données expérimentales chez l'animal sont en faveur d’un impact de ces infections parasitaires dans l’évolution de la SEP mais aussi dans d'autres maladies comme le diabète et la maladie de Crohn. Les animaux avec une encéphalomyélite allergique expérimentale (modèle de SEP) ont ainsi une forme moins sévère s'ils sont exposés ou infectés par Schistosma mansoni.
Au vu de ces données, une équipe argentine a comparé l'évolution clinique, radiologique et la réponse immunitaire de patients SEP porteurs d'une parasitose à celle de patients non infectés. Douze malades présentant une hyperéosinophilie ont été sélectionnés dans une cohorte de 432 sujets atteints de SEP. Ces patients âgés de 34 ans en moyenne avaient une SEP peu sévère (score EDSS=2,8) évoluant depuis 7 ans. Le diagnostic de parasitose a été confirmé par la mise en évidence de parasites intestinaux. Ils ont été appariés à 12 sujets SEP et à 20 contrôles. Le taux annuel de poussées, similaire avant l'inclusion dans l'étude, s'est avéré beaucoup plus faible dans le groupe des malades infectés par des parasites pendant la période de suivi de 55 mois (0 versus 1,09 poussées par an). Le score EDSS est resté normal chez les patients infectés alors qu'il a progressé dans l'autre groupe. Des résultats similaires ont été retrouvés concernant l'IRM. L'étude immunologique a été très complète incluant la mesure de la production de cytokines par les lymphocytes en présence de protéine basique de la myéline (technique ELISPOT) et de l'expression de FoxP3 etSmad7. Chez les patients infectés, il existait une augmentation de la production d'IL-10 et de TGFβ, associée avec une induction de lymphocytes T3 CD25+CD4+ FoxP3+.
L'interprétation de ces résultats est complexe et l'effectif de la population testée est faible. Mais les résultats de cette étude suggèrent que la faible prévalence de la SEP dans certaines régions pourrait s’expliquer par la persistance d'une infection parasitaire latente dans cette population. Cette hypothèse hygiéniste va certainement susciter de nombreuses recherches et faire progresser les connaissances dans la physiopathologie de la SEP qui a malheureusement peu avancé ces dernières années.
Dr Christian Geny
Correale J, et coll. : « Association between parasite infection and immune responses in multiple sclerosis. » Ann Neuro., 2007 ; publication avancée en ligne le 17 janvier.
Posté le: 12 février 2007
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